> Livre "7 millions de travailleurs pauvres"


7 millions de travailleurs pauvres, témoignage de Jacques Cotta

Pour aller prendre une douche, lire les petites annonces, taper son CV, relever son courrier, se rendre à un rendez-vous dans un centre de consultation ou dans une administration… Tout ça sans moyen de transport. Par rapport à l’ANPE, il y a aussi le sentiment qu’il faut toujours justifier de sa recherche d’emploi principalement pour éviter la radiation.

Il y a aussi les stages qui ne correspondent pas aux demandes, la pression supplémentaire des cabinets d’audit privés qui travaillent pour l’ANPE, le pouvoir de contrôle accru des Assedic…

Jacques Cotta


Alors, il y a des gens qui sombrent, mais la plupart sont toujours reliés au monde du travail. À Paris, un SDF sur trois a un emploi. Il y a, par exemple, ce garçon de café que j’ai rencontré, qui gagne 1 300 euros par mois et vit sous une tente de Médecins du monde. La pauvreté ne peut se définir uniquement de façon monétaire. Il faut tenir compte d’autres critères comme se loger, se nourrir, éduquer les enfants, se soigner… Dans chacun de ces domaines, j’ai été surpris par la violence subie par les individus.

Les travailleurs pauvres ne sont pas immédiatement identifiables. Ce sont les gens qu’on croise dans la rue, dans le métro. Pourtant, le phénomène n’est plus marginal. Malgré son ampleur, on ne le voit pas. Une des questions essentielles est la relation entre le travail et le salaire : en dix ans, l’intérim a augmenté de 130 %, les CDD de 60 % et les CDI de 2 % seulement. De même, les revenus du travail ont diminué en vingt ans. Les discours sur la cohésion sociale ne résistent pas à l’analyse des chiffres. Il s’agit surtout d’effets d’annonce et les avancées restent bien en deçà des nécessités. Je ne veux pas noircir le tableau. L’insertion, cela fonctionne. Je connais des exemples réussis. La rupture avec l’inactivité peut être bénéfique même s’il n’y a pas d’emploi à la clé. Mais, si vous évoquez les contrats de la loi de cohésion sociale avec les gens de la rue, ils auront l’impression que vous parlez chinois. Ils cherchent systématiquement la réinsertion, mais ils utilisent avant tout le mot de dignité. Et, pour eux, ça passe par un vrai travail.

FAYARD

Comme Jacques London avait exploré en son temps Le Peuple d’en bas, le journaliste Jacques Cotta s’est plongé dans le monde invisible des 7 millions de travailleurs pauvres *.

Pas de compassion, mais plutôt de l’étonnement face à la lucidité de ces exclus des préoccupations et du débat publics.

* Éditions Fayard, 19 € TTC France


La présentation de l'éditeur

Plus de 7 millions de salariés perçoivent un salaire inférieur à 722 euros par mois et se trouvent dans l'incapacité de se nourrir, de se loger ou de s'habiller décemment, de même que leur famille. Plus de 12 millions ont moins de 843 euros de revenu mensuel. Plus de 3 sans domicile fixe sur 10 ont un boulot à temps complet, partiel ou précaire, gagnent souvent entre 900 et 1 300 euros, et cherchent pourtant soir après soir où dormir... Entre la moitié et les deux tiers des femmes qui travaillent ont un contrat au sigle étrange - CES, CIE, CEC... -, touchent moins de 750 euros par mois, ont un enfant, vivent seules ou avec un conjoint au chômage et forment 90 % des familles monoparentales...

Nous voilà dans le monde des travailleurs pauvres !

Alors que jamais le pays n'a été aussi riche - le PIB est en progression constante depuis les années 1990 -, la précarité s'est développée sur un mode exponentiel. En dix ans, l'intérim a augmenté de 130 %, le nombre de CDD de 60 %, les CDI de seulement 2 %. Plus d'un million de personnes bénéficient du RMI, plus de 500.000 de l'allocation solidarité.

Cela n'arrive qu'aux autres ? Erreur ! Tout le monde peut être concerné du jour au lendemain après un drame personnel, un événement familial, un licenciement... Au cours de cette enquête, dans la lignée du Peuple d'en bas de Jack London ou de Dans la dèche à Paris et à Londres de George Orwell, Jacques Cotta a rencontré des personnes qui le savent bien : André, ancien prof surdiplômé, Éric, assureur autodidacte, Jean-François, boucher charcutier, Yves, coiffeur dans la marine reconverti sur la terre ferme, Étienne, informaticien recyclé dans le gardiennage, Roland, manutentionnaire, Jean, jardinier... Autant de travailleurs dont on n'aurait jamais soupçonné, au premier abord, qu'ils pouvaient être touchés par cette nouvelle pauvreté. Ils avaient une famille, une maison, pignon sur rue, et ils ont tout perdu.

Le sujet dérange. Hommes politiques et médias n'en parlent que rarement. Tout au plus comptabilise-t-on, en hiver, les morts de froid, en les présentant comme des « SDF », sans autre précision. Puis l'information est reléguée au second plan.

Journaliste, Jacques Cotta a collaboré à Radio France, à divers supports de presse écrite ainsi qu'à plusieurs émissions de télévision (Droit de réponse, Envoyé spécial...). Réalisateur de nombreux films d'investigation, dont Front national : la nébuleuse, récompensé par un 7 d'Or, il est actuellement en charge de la série de documentaires Dans le secret de... sur France 2.


22/07/2007 - Photo © Spf


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