|
|
Pauvreté
en milieu rural
|
|
On
pourrait penser qu'à la campagne la
pauvreté est plus supportable qu'en ville. A
l'anonymat des agglomérations,
s'opposeraient l'espace où marcher, le
jardin à faire, les voisins pour parler.
Laissons de côté ces images d'un autre
temps.
La misère
n'est pas plus supportable en rural qu'en
cité. Seulement, elle prend un autre
visage.
|
La
précarité et la pauvreté touche de plus
en plus de nouvelles couches de la
population.
Depuis plusieurs années, les
structures de l'association enregistrent des augmentations
des demandes d'aide. Cette augmentation est de 20% pour
certaines de nos fédérations et touche de
nouveaux types de publics tels que des travailleurs, des
étudiants et des jeunes de moins de 26 ans
Afin de lutter contre cette précarité
montante, le Secours populaire intervient sur de nombreux
volets. Les bénévoles des permanences
d'accueil sont formés afin d'accueillir les personnes
en difficulté et de leur proposer rapidement l'aide
la mieux adaptée à leurs besoins dans un
esprit d'échange afin d'éviter une pratique
d'assistanat.
Tout d'abord, l'association intervient à un niveau
vital en proposant une aide alimentaire ou vestimentaire. Ce
premier pas effectué par une personne en
difficulté pour demander de l'aide est souvent
capital et difficile. Il va permettre aux
bénévoles, d'engager une conversation, de
créer un lien, de mieux connaître les
difficultés vécues par la personne afin de lui
proposer d'autres moyens de l'aider.
Ces moyens sont divers, ils peuvent toucher le logement
(recherche d'un logement, payement d'impayé
),
la santé (prévention, accès à la
CMU, présence de médecins du SPF
), la
vie professionnelle (atelier d'insertion
socioprofessionnelle
), l'accès à la
culture (musées, théâtres, ateliers
d'alphabétisation
), l'accompagnement scolaire,
ou encore une aide au moment de Noël ou des vacances
pour profiter des bons moments de la vie comme tout un
chacun.
Les bénévoles de l'association sont aussi
souvent confrontés à des femmes victimes de
violences conjugales qui pour se sortir d'une situation
extrêmement difficile vont avoir accès aux
différents services proposés par le Secours
populaire.
Dans la
Communauté de Communes Nord Limagne la
pauvreté agit aussi comme une spirale
infernale.
Comment le tolérer ? La
pauvreté et son enchaînement infernal touchent
directement 8 millions de personnes en France, dont plus de
1,3 million d'enfants. Ces chiffres (2005), nous
pouvons les vérifier chaque jour autour de nous, dans
notre canton du nord de la Limagne comme dans tout le
pays.
La pauvreté change de visage mais fait toujours
autant de ravage.
La nouvelle pauvreté n'accable plus seulement les
chômeurs, les SDF, mais également ceux que l'on
nomme désormais les travailleurs pauvres, les
familles monoparentales, et même les étudiants
et les retraités. Leurs conditions de vie
déjà difficiles s'aggravent
irrémédiablement pendant la période
d'hiver et le froid.
On se dit "aujourd'hui
c'est eux, et demain, peut-être nous
?" Avec la
précarisation grandissante, la pauvreté nous
concerne tous. Ce constat doit nous amener à encore
plus de solidarité. En aidant notre voisin, de
façon citoyenne, nous lui permettons de s'en sortir
la tête haute et nous favorisons le
développement de solutions utiles à toute
notre société.
La pauvreté
en milieu rural
(1)
Nous sommes allé dans les
12
communes de la Communauté de Communes
Nord Limagne
afin de rencontrer les maires et les responsables des CCAS.
Nos interlocuteurs nous ont confirmé que des
"cas
sociaux" existaient bien. Nous
les avons écoutés nous dire que
"la
misère se cache" et que
malgré leur grande détresse, la plupart des
plus démunis n'osent pas venir en mairie pour
demander de l'aide. Les élus connaissent bien la
situation et viennent parfois discrètement sous la
forme "d'un
petit bonjour au passage"
essayer de nouer le dialogue avec une famille en
difficulté n'osant pas se manifester auprès
des services sociaux.
Le
travail
Il y a de moins en moins de travail.
Les quelques petites entreprises locales ont disparu. Ceux
restantes, ainsi que l'agriculture n'emploient plus beaucoup
de monde :
- nombre de plus en plus restreint
d'exploitations, de plus en plus grandes et
mécanisées.
- beaucoup de petits boulots,
d'emplois peu qualifiés (salariés
agricoles, employés de maison...) n'existent plus.
D'autres ne sont plus possibles parce que la
réglementation du travail les
interdit.
Certes, ces emplois n'étaient
pas bien payés, mais ils assuraient le minimum,
matériellement et en relations sociales. On constate
aujourd'hui que la seule entreprise d'une certaine
importance est... la maison de retraite.
Comment retrouver du travail ? Riom, Clermont-Ferrand,
Vichy, Gannat, Montluçon "ce
n'est pas facile, je n'ai pas de voiture, les trains sont
insuffisants (avec des horaires inadaptés) ou
inexistants". De toutes
façons, sans diplôme, "personne
ne m'embauchera".
Le travail, il est forcément
dans ou autour de ces grandes villes : il faut une voiture.
Les emplois d'insertion, souvent à temps partiel, ne
permettent pas de s'en acheter une. S'il en faut deux, c'est
la catastrophe pour le ménage.
Une jeune femme à la recherche d'un emploi ne peut
pas payer les réparations imposées suite au
contrôle technique de sa voiture d'occasion et elle
est condamnée à rester muette aux entretiens
d'embauche proposés. D'autres sont tributaires d'une
panne qui va bloquer la voiture plusieurs jours ou, faute
d'argent, plusieurs semaines.
Le
jardin
On peut entendre dire :
"ils ont des
lapins, des poules, un jardin !"
Oui, bien sûr, encore, un peu.
Mais c'est en grande partie une imagerie - aujourd'hui
dépassée - de citadins.
- Il y a de moins en moins de jardins en campagne.
- Ceux qui savaient faire n'ont plus la force.
- Ceux qui savent faire n'ont plus le temps.
- Ceux qui auraient le temps, les nouveaux arrivants de la
ville, ne savent pas faire, ou n'ont pas l'espace
nécessaire,
- Pour les lapins et les poules non plus. Il faut savoir et
pouvoir les nourrir, les tuer... et pouvoir acheter un
congélateur.
Les nouveaux
arrivants
Avec le dépeuplement des zones
les plus éloignées des grandes villes et des
principaux axes de communication, la population a vieilli.
Les agriculteurs sont devenus minoritaires.
Heureusement, pour certaines écoles parfois
menacées de fermeture faute d'effectifs suffisants,
il y a quelques nouveaux arrivants.
Les difficultés sont pour ceux qui ont quitté
la ville. Certains sont partis parce qu'ils n'avaient plus
de travail. D'autres ont fui l'insécurité
grandissante de leur quartier, devenue intenable pour leurs
enfants.
Il y a les jeunes avec le RMI (certains viennent nous voir
au secours populaire). Ils n'ont pas leurs parents, ou
vivent avec eux. Ils ont parfois des enfants à
charge. Les aides proposées par les services
sociaux ne leur permettent pas d'en sortir...
La
misère
- Des logements souvent
vétustes, avec... "la
télé achetée à crédit
en plus, couleur, grand écran et qui marche jour
et nuit". Certains, en
arrivent à jalouser ces familles assistées
qui ne travaillent pas et qui dépensent comme
si.
- Des dossiers de surendettement en
masse, beaucoup de factures (EDF-GDF, eau, loyers,
) non payées.
- Quelques problèmes d'alcool
que l'on a encore plus de mal à aborder en milieu
rural qu'en ville, même avec les
jeunes.
- Quelques "familles sans
espérance" depuis plusieurs
générations, avec des personnes qui ont
été ou sont pris en charge par les services
sociaux.
- Une pauvreté culturelle
aussi ; ni eux ni leurs enfants n'accèdent, bien
sûr, à l'informatique, aux divers
spectacles, lecture,
- Et tous ceux qui ne demandent
rien, parce qu'ils ne savent pas qu'ils ont des droits ou
ne prennent plus soin d'eux-mêmes.
C'est comme en ville, pourrait-on
dire. Pas exactement. Voici deux particularités
rurales particulièrement frappantes.
1/ Le pesant
regard des autres
|
|
C'est
tout le contraire de l'anonymat des
villes. Il y a des familles, plutôt
des noms de familles, connues, en bien ou
en mal, à quinze kilomètres
à la ronde. Ces gens qui arrivent
de la ville, on ne connaît pas leur
père et leur mère. Tout se
sait de ce qui sort de
l'ordinaire.

L'assistante
sociale tient sa permanence dans une
pièce de la mairie, sans isolation
particulière.

"Je
travaille comme employée à
..., je suis connue, et je devais demander
de la nourriture au Secours populaire.
C'était très dur, mais je
l'ai fait pour mes enfants, pour qu'on
s'en sorte".

D'autres
préfèrent ne pas demander.
Les assistantes sociales font des offres,
sans retour. Une personne, qui n'avait
plus rien pour se chauffer, n'a pas voulu
que l'on s'adresse au C.C.A.S., une autre
en surendettement ne veut pas rencontrer
d'assistante sociale "pour
ne pas être
fichée".
|
|
2/
Éloignement, isolement, enclavement
Dans certaines communes du canton, il
n'y a pas de transports en commun ou de commerces ambulants.
Se déplacer - pour travailler, pour un stage, une
formation, une visite au spécialiste... - coûte
cher.
Les principales victimes de cette situation sont les jeunes
et les plus âgés ou les personnes à
faibles ressources.
De nombreux retraités ont sous-estimé
l'obstacle et se retrouvent en grande difficulté
lorsqu'ils ne peuvent plus conduire.
Pour les aînés, il y a souvent une fille, une
nièce ou la mairie qui interpelle l'assistante
sociale. Mais pour les autres...
Le problème du déplacement est central et
permanent. Les assistantes sociales vont de plus en plus sur
place parce que les personnes en difficultés ne
peuvent pas se déplacer et, comme ils ne peuvent plus
se déplacer, ils n'ont pas de travail.
Il ne se passe plus rien. L'isolement conduit à une
perte de sens. Sans relations comment retrouver du sens ?
Plus d'instituteur, plus de curé, plus de
café... Le sentiment d'abandon : loin du lieu
où se prennent les décisions, on ne compte
plus. Restent :
- le sport (foot, rugby) qui
intègre peut-être encore un peu les
populations en marge ;
- quelques foyers ruraux
accompagnent un certain nombre d'activités pour
ceux qui peuvent se déplacer ;
- des animations dans les maisons de
retraite, les clubs du 3ème âge
;
- le Secours populaire, le Secours
catholique, les Restos du cur ;
- des personnes qui donnent du temps
pour créer du lien...
Conclusion
On pourrait penser qu'à la
campagne la pauvreté est plus supportable qu'en
ville. A l'anonymat des agglomérations,
s'opposeraient l'espace où marcher, le jardin
à faire, les voisins pour parler. Laissons de
côté ces images d'un autre temps.
La misère n'est pas plus supportable en rural qu'en
cité. Seulement, elle prend un autre visage.
Les plus démunis ne font plus de jardin : où
ils n'en ont pas, ou ils ne savent pas le faire. Certains
n'ont pas appris à cuisiner ; loin de mitonner les
légumes de leur récolte, ils vivent de
surgelés qui les ruinent. Ils ne se promènent
pas dans les forêts ni sur des sentiers
ombragés ; ils usent jusqu'au bout des mobylettes
antiques ou des voitures expirantes. Les
réfrigérateurs sont vides, mais les armoires
à pharmacie remplies. Certains ne parlent à
personne, et il arrive que nul ne connaisse les nouveaux
arrivants venus de la ville vivre leur RMI dans un logement
anonyme ou une bâtisse isolée... La
réalité actuelle est moins poétique et
remplie d'une horrible banalité.
Les services sociaux prennent surtout
en charge les jeunes et les personnes âgées :
avant 25 ans et après 65 ans. Entre ces
extrémités, une population nouvelle s'est
installée dans l'espace rural, soit parce qu'elle
tombe peu à peu dans la précarité soit
parce qu'elle s'y réfugie, parce que la vie y est
réputée moins chère. En campagne, la
pauvreté est émiettée et cachée.
Le maire, l'assistante sociale, le Bureau communal d'aide
sociale en savent l'existence et font de leur mieux pour
entrer en contact avec elle. Seulement cette aide suppose un
contact préalable pour être offerte.
Dans le langage habituel aux services
sociaux, la précarité est distinguée de
la pauvreté. La pauvreté définit une
situation. Une personne peut arriver à s'organiser
dans la pauvreté. La précarité
évoque une fragilité, une instabilité.
Une personne ne peut plus s'y organiser. Elle se sent
entraînée dans une spirale de misère
qu'elle ne contrôle plus. La précarité
représente ainsi une pauvreté qui
évolue et s'intensifie. Prend-elle une forme
particulière en rural ? Oui, par l'augmentation du
sentiment de distance, par un isolement
croissant.
Or la première
difficulté à laquelle on se heurte pour
rencontrer la misère en rural, consiste
précisément à établir ce
contact. Bien sûr, il n'existe pas de "quartier
difficile", mais une dispersion extrême de la
misère : au Bourg, dans des hameaux, dans une maison
isolée... Et les intéressés se taisent
et se terrent. Beaucoup ne font pas valoir leurs droits.
L'espace agit comme un isolant. Mais un isolant
"troué" - en rural, l'anonymat est parfois difficile
à préserver. Dès que l'assistante
sociale visite quelqu'un, les voisins s'en
aperçoivent. Savoir que les autres sont au courant
augmente la gêne ressentie.
Ensuite, comment estimer la
pauvreté ? Tel vieillard se débrouille tant
bien que mal, un autre se laisse couler. La pauvreté
économique, malgré les aides, s'accroît
au fil des distances, l'état sanitaire vacille.
Il semble bien que l'isolement soit un facteur important de
la misère en milieu rural. A la fois au sens objectif
: les distances, l'impossibilité de se
déplacer ; et au sens subjectif : le manque de
participation à la vie commune. La vie sociale a
perdu sa cohésion ; la vie personnelle perd sa
cohérence. L'absence d'échanges
déshumanise.
Telle est la principale forme de la misère en rural :
la personne ne sait plus à quel groupe de relations
sociales elle pourrait appartenir. Ni attendue ni entendue,
elle reste seule. La solitude constitue la pire
pauvreté. Tout est loin, seule la misère est
proche.
Le Secours
populaire d'Aigueperse Nord Limagne est le messager de votre
solidarité.
Dans notre permanence à
Aigueperse, au cur de cette riche plaine du nord de la
Limagne, nous recevons ceux qui ont besoin de nourriture, de
vêtements, d'aide pour résoudre d'autres
problèmes de la vie courante (démarches
sociales, vacances, soutien scolaire, ...). Nous le faisons
en respectant leur dignité afin qu'ils deviennent
eux-mêmes les acteurs de leur avenir. Quand cela est
possible, nous les orientons vers des formations qui
facilitent l'accès à l'emploi.
Le Secours populaire est la dernière porte où
chacun peut frapper quand le manque de tout devient
insupportable. La solidarité est l'ultime recours,
avec les bénévoles et les donateurs comme
soutien.
(1)
Document réalisé avec l'aide d'une
étude de la commission diocésaine de Poitiers
"Justice et Paix" en mai 2003 et publié sur cette
page avec l'aimable autorisation
de Monseigneur Albert Rouet, archevêque de
Poitiers.
http://www.diocese-poitiers.com.fr/documents/pauvrete.html
|