|
|
Dossier

Les
plus pauvres menacés par
l'obésité
 En
2006, la France a légiféré pour
interdire les cigarettes en chocolat
au nom de la
lutte contre l'incitation au tabagisme. En revanche, un
amendement réautorisant les distributeurs de
friandises et de boissons dans les écoles a failli
être voté sous la pression des industriels.
L'Afssa (Agence française de sécurité
sanitaire des aliments) considère pourtant ces 8.000
distributeurs comme une calamité.
L'obésité et le surpoids sont encore
considérés comme de simples thèmes de
débats et pas comme de véritables
problèmes de santé publique au même
titre que le tabagisme ou l'alcoolisme. Malgré tout,
les principes d'une alimentation saine sont au cur de
la réflexion des
professionnels.
Le nombre
d'obèses progresse rapidement en France : 5 % par an
entre 1997 et 2003, selon l'enquête ObEpi
réalisée tous les trois ans par
l'Inserm (Institut national de la recherche
médicale). Le pays compte plus de 5 millions
d'obèses et plus de 14 millions de personnes en
surpoids. Le rythme de progression actuel conduirait
à une proportion d'obèses de 20 % en 2020. Les
conséquences négatives n'ont rien à
voir avec les canons esthétiques : les risques
d'être atteint de diabète, d'hypertension
artérielle, de maladies cardio-vasculaires augmentent
considérablement. Morbidité et
mortalité progressent parmi les groupes à
risques. L'Organisation mondiale de la santé (OMS)
considère d'ailleurs l'obésité comme
une épidémie depuis
1998.
La lutte
contre ce fléau fait partie des ambitions du
Programme national de nutrition-santé (PNNS) depuis
1999. Les
messages ont souvent été entendus : manger
plus de fruits et de légumes, manger moins gras,
moins sucré, faire plus d'exercice physique, etc. Le
but était de réduire en cinq ans la
consommation d'alcool, le taux de cholestérol, la
tension
de l'ensemble de la population, principalement
en agissant sur les habitudes alimentaires. Il faut avouer
que pour l'obésité, les objectifs n'ont pas
été atteints : chez les adultes, la
prévalence n'a pas baissé des 20 %
prévus, elle augmente. Chez les enfants, les
enquêtes récentes évaluent aux alentours
de 15 % les cas de surpoids et cette proportion a
doublé dans les quinze dernières
années.
Une
statistique inquiétante car un enfant obèse a
des risques élevés de le rester à
l'âge adulte. Le changement du mode de vie dans les
pays occidentaux explique cette évolution qui
débute dans les années 1960. Notre
alimentation est devenue trop riche en calories (en graisses
surtout) et notre rythme de vie trop sédentaire (les
Américains ont inventé l'expression " couch
potatoe " pour définir les adeptes du régime
chips-télé-canapé). Il n'y pas
d'égalité devant le risque : les personnes en
situation de précarité sont plus
menacées par l'ensemble des facteurs favorisants que
le reste de la population. L'obésité
croît donc plus vite dans les milieux
défavorisés, premiers concernés par la
diminution de l'activité physique liée au
travail, l'accès difficile aux activités
sportives, l'isolement social ou la disparition du commerce
de proximité, par
exemple.
Au niveau
mondial, la catastrophe est déjà
avancée. Dans les pays riches comme dans les pays
pauvres. Les États-Unis sont les plus touchés.
Deux Américains sur trois ont un surpoids et le
Colorado est le seul État à avoir moins de 15
% d'adultes
Le poids des
revenus
Les
premières populations victimes sont aussi celles qui
sont frappées par la précarité. Les
industriels américains de l'agro-alimentaire se
replient derrière la responsabilité
individuelle des consommateurs et des obèses
revendiquent une démarche communautariste. Tous les
pays riches s'orientent vers ce mode de vie et voient
l'épidémie progresser. Seuls les Pays-Bas et
la Russie y échapperaient pour le moment. La
situation évolue beaucoup plus rapidement dans les
pays du tiers-monde. Dans certains cas,
l'obésité est un signe d'opulence comme en
Chine. Mais on devient gros aussi parce qu'on est pauvre. La
destruction des agricultures de subsistance provoque un
exode rural massif qui vient grossir les bidonvilles. Les
populations qui étaient autosuffisantes et actives
deviennent dépendantes d'une nourriture de plus en
plus occidentalisée, trop riche en graisses et en
sucres. La diminution de l'activité physique, souvent
due au chômage, complète le mécanisme.
Ces changements d'habitudes ont entraîné ce
résultat aberrant : il y a maintenant dans le monde
autant d'obèses que de personnes
dénutries.
Les
rapports entre les contraintes budgétaires et une
alimentation équilibrée ont été
démontrés depuis peu, notamment par des
enquêtes réalisées dans le cadre du
PNNS. Nicole Darmon et André Briend, chercheurs
à l'Inserm (voir la rubrique Experte)
n'hésitent pas à parler d'alimentation
à deux vitesses. Tout d'abord, pour manger
équilibré, il faut disposer de plus de 3,5
euros par jour. Au dessous de cette somme,
l'équilibre est possible à condition de
s'écarter très largement des habitudes
alimentaires du reste de la population. De plus, les
aliments conseillés comme les fruits, les
légumes ou le poisson sont aussi les plus chers et
les moins énergétiques. Ceux dont on cherche
à limiter la consommation, comme les sucreries ou les
snacks, sont à la fois riches en énergie et
d'un coût modéré. Or, les études
sur le comportement montrent que les choix alimentaires des
personnes en difficulté s'effectuent d'abord en
fonction du coût et du goût. Ce sont donc bien
les contraintes budgétaires plus que les mauvaises
habitudes qui orientent ces
consommateurs.
Le PNNS a
permis de mieux connaître les habitudes alimentaires
des personnes en difficulté afin de mettre en place
des solutions spécifiques. Une étude sur les
SDF a permis d'identifier leurs carences et de créer
en 2004, le vita-poche, aliment énergétique
destiné à compléter les repas
distribués par les associations humanitaires et les
centres d'hébergement. D'autres travaux analysent les
habitudes des bénéficiaires d'associations
qui, comme le Secours populaire, distribuent des produits
alimentaires. Globalement, les denrées fournies par
l'Union européenne représentent.
|
Plus d'infos sur Internet :
Le
Plan national de nutrition-santé est
présenté sur http://www.sante.gouv.fr
à la rubrique nutrition. Il a suscité
de nombreuses réactions présentes sur
les sites des professionnels de l'agro-alimentaire,
de la santé, ou plus
généralistes. Il donne des bases
sérieuses qui permet de se méfier des
discours publicitaires ou des charlatans de la
nutrition et des régimes.
|
Photos
© Spf
|